Le c.. entre deux chaises

« Vous n’avez jamais envisagé de rentrer en France ? »
Rentrer ? En France ? Comme on rentre à la maison ?!

 

Il faudrait pour cela s’y sentir chez soi, en France, et quand on a quitté son pays natal pour vivre ailleurs, il est difficile de rentrer au bercail… qui n’en est plus vraiment un.

 

Rentrer, cela suppose qu’on est parti… pour revenir. Mais je suis partie, tout simplement. Sans envisager un futur plus ou moins proche.

 

Rentrer, cela laisse presque sous-entendre que quelqu’un ou quelque chose vous attend. Ce n’est pas mon cas.

 

Ma vie s’est faite ici, où j’ai mes meilleurs amis, ce sont eux mon foyer, mon chez moi, mon « Sam Suffit ».

 

Chose curieuse et paradoxale, c’est en quittant la France que j’ai regagné la nationalité dont j’avais voulu me débarrasser, comme d’un manteau inutile et plutôt encombrant. Il faut dire que j’avais l’embarras du choix, puisque j’en avais déjà deux.

 

Avec le recul, le lien qui me lie à l’Hexagone devient plus différencié, de protagoniste, je suis devenue spectatrice et je peux observer de loin bien des travers qui ne me seraient pas forcément apparus en restant le nez dessus, ce qui me permet d’en rire parfois, de les trouver tragiques d’autres fois et de me moquer de moi-même car je m’y retrouve… La distance fait office de miroir dans lequel je reconnais tout à coup mon reflet. Comme le disent si joliment les Allemands : « la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre ».

 

Vivre dans un autre pays, cela permet soudain de comparer. Qu’on le veuille ou non, la comparaison s’impose, plus ou moins flagrante, et pas toujours au détriment du pays dans lequel on a choisi de vivre. Il s’y glisse néanmoins un brin de nostalgie incontournable, nourrie par l’image que la France – pays de la bonne chère, du bon vin, du bien-être, du mieux-vivre – transporte comme un image d’Épinal, surtout pour les 2 à 3 générations d’après-guerre…

 

Vivre dans un autre pays, c’est dépasser ses propres frontières, s’enrichir de façon insoupçonnée, c’est adopter parfois d’autres modes de vie, d’autres rythmes, d’autres idées, une autre mentalité et bien entendu des formules linguistiques sympathiques : c’est « se sortir les raisins secs du gâteau » ( si l’on part du principe que les raisins sont ce qu’il y a de meilleur dans le gâteau… !!).

 

Vivre dans un autre pays, c’est aussi partager, avec ceux qui nous entourent, notre mode de vie, nos idées, notre mentalité, notre langue ; c’est leur apporter à domicile un autre art de vivre dont ils peuvent profiter s’ils en éprouvent le besoin, et leur faire découvrir en quoi nous sommes si intrinsèquement différents. Et que la différence peut contribuer à élargir leur horizon et qu’elle ne signifie pas toujours menace.

 

Vivre dans un autre pays, c’est s’impliquer ailleurs tout en restant vigilant à ce qui se déroule de l’autre côté de la frontière. C’est se permettre de se moquer des deux mentalités, puisqu’on les connaît de l’intérieur, c’est aussi défendre le pays dans lequel on vit contre les préjugés et les clichés périmés, sans perdre toutefois de vue ses imperfections, et remettre les pendules à l’heure car qui peut bien se vanter d’être parfait, dans ce bas monde ??

 

C’est donc aussi, forcément, un changement. Qui fait que de passage en France, on ne comprend plus très bien pourquoi les gens réagissent de cette manière, ni pourquoi ils envisagent les choses sous cet angle. Qui pousse à trouver certaines réalités intolérables et certains comportements abusifs. Qui donne à réfléchir et ne donne plus toujours envie de pousser un cocorico haut et fort…

 

Vivre dans un autre pays, c’est également remarquer que soudain, on se sent à l’aise à la fois dans l’un et dans l’autre, à l’aise autant dans l’un que dans l’autre et qu’ils nous sont tout aussi familiers l’un que l’autre. C’est se sentir chez soi à l’étranger.

 

En somme, c’est toujours gagner sur tous les tableaux.

 

Pourtant, Allemande ne suis, et jamais ne serai…

Mais Française, le suis-je encore vraiment ?

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