Du pain et des jeux

Rien de nouveau en ce XXIe siècle : manipulées comme un vaste troupeau qui se trouverait sous la houlette d’un Panurge global, les masses nous font vivre sous leur régime tyrannique en nous assénant le diktat du ballon rond.

 

 

Dans des stades gigantesques, les foules prolétaires en délire vont oublier leur misère pour se jeter quelques jours durant à corps et à cri dans l’euphorie enivrante des buts récoltés par des demi-dieux aux jambes fabuleusement précieuses. L’ivresse de la fête, qu’on leur promet plus que belle, éclipsera un moment les problèmes plus urgents à régler que le décompte des tirs de ces champions dispendieux.

 

Jamais l’un de ces fans assidus et fanatiques ne se posera la question de savoir si la somme versée pour assurer ces superbes cuisses musclées, ces merveilleux mollets d’acier, n’est pas exagérément disproportionnée par rapport, entre autres, aux budgets déficitaires des communes…

 

Mais qui parle de rapport ? Quel rapport ? Rapport qualité-prix ? Justement, la qualité n’a pas de prix ! Et la qualité de la fête footballesque est indéniable, puisqu’elle est… pandémique. Vissant petits et grands devant petits et grands écrans, poussant les communautés minoritaires à sortir de leur trou pour s’affirmer le temps de participer à l’éphémère folie collective, elle permet d’omettre que le pain n’est plus distribué gratuitement dans les arènes, et que le ballon, loin d’être ce sympathique objet qui réunit avec ferveur des enfants de toute couleur de peau, sous quelque ciel qu’il soit, dans n’importe quelle ruelle ou sur n’importe quel terrain vague de la planète, n’est plus que le symbole d’une maffia sportive tombée dans la potion magique, à l’organisation impeccable, aux ramifications insoupçonnables et aux méthodes peu reluisantes.

 

Jusqu’aux politiciens de tout bord, et qui plus est, de tout sexe, qui se doivent de reconnaître sur les ondes l’importance primordiale de cette coupe, dont il nous faudra boire jusqu’à la lie.

 

Non contentes d’arborer à longueur d’année les visages simiesques de la plupart de ces héros qui n’ont même pas la condescendance d’être plus bienveillants qu’arrogants, les feuilles de chou font leur moisson de toute rumeur sur les éventuels états d’âme – s’ils ne l’ont pas encore vendue – de ces messieurs en tricots bariolés et culottes courtes. Mais que peut donc bien nous importer ce qu’ils font dans leur vie privée et qu’ils ne diront pas en public ? Pourquoi leur accorder tant de privilège ?

 

Le matraquage est gigantesque, la mise est colossale, l’enjeu n’est pas celui qu’on nous fait miroiter, le foot n’a plus rien d’un jeu, ce n’est plus qu’une drogue administrée par un cartel qui nous submerge, honni soit celui qui osera protester, l’empêcheur de tourner en rond… après le ballon.

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